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20/05/2011

POURQUOI LE CRIME ?

Jean-Bertrand Pontalis, psychanalyste, philosophe, fondateur de la précieuse collection L'un et l'autre chez Gallimard, est l'auteur d'Un jour, le crime, un essai paru en février chez Gallimard.

Un-jour-le-crime.jpgDans ce court essai, l'auteur s'interroge sur le crime et la fascination qu'il exerce sur nous.

A l'occasion de l'exposition Crime et Châtiments à Orsay, il passe en revue diverses figures criminelles, de Caïn à Charlotte Corday, Violette Nozière, les sœurs Papin ou encore Pauline Dubuisson, une criminelle oubliée : à la veille de comparaître pour le meurtre de son amant, elle tente de se suicider. Après plusieurs journées dans le coma, le procès reprend, et l'avocat des partie civile a ce mot ignoble à l'adresse de l'accusée : « en somme, vous ne réussissez que vos assassinats ». Elle finira par se suicider en prison.

 

Pontalis ne se contente donc pas d'analyser le fait-divers comme révélateur de l'âme humaine, il interroge aussi la justice et le châtiment, parfois « aussi démesuré que le crime ». (Le Village des cannibales d'Alain Corbin).

« Les procès, écrit Stéphane Durand-Soufflant dans Disparition d'une femme, l'affaire Viguier (Éditions L'Olivier), sont des moments de violence viscérale, de déchaînement de sauvagerie, de déballage impudique ».

Si le mystère central reste irrésolu, et les raisons du passage à l'acte inexplicables, Pontalis interroge ainsi le pouvoir, l'abus de pouvoir, le crime de masse et propose, sous l'égide de Freud, une réhabilitation du renoncement.

Un des plus beaux chapitres recense les moyens de conjurer la mort, et peut-être que la donner en est un... La solution de Queneau et Bergounioux semble toutefois préférable...

Il explore aussi le champ littéraire. Le fait divers, un « précipité de roman », fût une source d'inspiration pour Stendhal, Maupassant, Dostoïevski, Camus, Modiano, Barbey d'Aurevilly, Carrère...

Dans ce domaine, la réalité dépasse parfois la fiction. Ainsi les deux policiers qui arrêtent les sœurs Papin, se nomment Vérité et Ragot. Il en est de même pour l'affaire Jean-Claude Romand. Né de l'imagination d'un auteur, ces faits auraient été jugés incroyables.

Un chapitre du livre intitule « pourquoi je ne lis pas de polars ». Rapidement le malentendu se dissipe, Pontalis expose son peu de goût, non pour le roman noir ou le polar en général, mais uniquement pour le roman à énigme classique. Quelques pages plus loin, il affirme ainsi son plaisir à lire les romans noirs de Thierry Jonquet.

Comme l'a souligné Arnaud Viviant, un des thèmes sous-jacent du livre est le lien entre la maison Gallimard et le fait-divers : création par Antoine Gallimard de la revue Détective pour sauver la NRF; fascination de Gide pour le fait divers avec ses deux récits La Séquestrée de Poitiers et L'Affaire Redureau; commande à Jean Meckert d'un ouvrage sur l'Affaire Dominici (La Tragédie de Lurs, réédité chez Joëlle Losfeld); passion de Jouhandeau pour le curé d'Uruffe...

Pour résumer, une promenade littéraire et intellectuelle, stimulante et rafraichissante, présentant aussi l'avantage de donner des désirs de lecture par dizaines.

 

J.-B. Pontalis, Un jour le crime, Gallimard, 180 p., 14,90 €

 
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