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04/11/2011

SAMUEL FULLER

Les Éditions Allia publient les mémoires de Samuel Fuller, parues pour la première fois à New York en 2002. Un troisième visage est un grand livre de cinéma, une traversée du 20e siècle, mais aussi l'autoportrait d'un homme remarquable, cinéaste libre, auteur prolifique et créateur audacieux.


fuller.jpgCinéaste absolu selon Eddie Muller, Samuel Fuller a révolutionné Hollywood par son style unique et marqué l'histoire du film noir avec Le Port de la drogue, La Maison de bambou, Shock Corridor et Police spéciale.
Avec une rare liberté de ton et un grand sens du récit, Samuel Fuller nous embarque dans l'épopée d'un Américain exemplaire.

 

 

Fils d'immigrés juif polonais, Sam Fuller est dès son plus jeune âge fasciné par la presse et les journaux. Vendeur de rue puis cow-boy, il devient rapidement reporter spécialisé dans le fait-divers. Il décrit admirablement l'Amérique des années trente et l'atmosphère sociale et politique. On découvre la ferveur du milieu journalistique et Hearst, personnage à l'origine du Kane d'Orson Welles. Traumatisé par sa première exécution capitale, il assiste aussi à des rassemblements du KKK, à l'agitation fascisante, enquête sur la mort prématurée de l'actrice Jeanne Eagels et rencontre Al Capone dont émane un « mélange de charme et de menace ». Spectateur engagé, il hésite un instant à s'enrôler dans la Brigade Lincoln aux côtés des républicains espagnols.
Après la publication de quelques romans dans des collections de « Pulp », il rejoint Hollywood, où il travaille comme scénariste, non crédité la plupart du temps. Il rencontre alors les réalisateurs qu'il admire : Ford, Hawks, Capra, Walsh.

Lorsque l'Amérique rentre en guerre, il s'engage en souvenir de La Fayette et de l'aide française à la Guerre d'indépendance. Son récit de la guerre est extrêmement poignant. Rejetant la possibilité qu'une guerre soit civilisée, il décrit la peur, la mort, l'enfer du Débarquement avec les hurlements, le sang mélangé à l'eau de mer que boivent les GIs, les débris de corps sur la plage...
Dans une langue verte, il conspue les démagogues, les chantres de l'héroïsme, les patriotes. Une charge particulièrement violente est réservée à l'acteur Adolphe Manjou.
La dernière phase des combat en Allemagne est atroce : combattants tués par les tirs fratricides et le froid, face à face avec des soldats d'une dizaine d'années, et pour finir l'horreur du camp de Falkenau et la survie de fantômes parmi les corps en décomposition. Fuller filme « l'horrible spectacle », vingt minutes en 16 mm, son premier film.
Comme le prouveront ses nombreux films de guerre, il ne voit dans la guerre aucun héroïsme mais uniquement l'instinct de survie et condamne les représentations hollywoodiennes alors en vogue. Aucun soldat ne « donne sa vie », on lui prend...
Le traumatisme engendré par cette expérience de la Seconde Guerre Mondiale le hantera tout le reste de son existence. Il mettra en scène beaucoup de ses souvenirs dans The Big Red One. Dans plusieurs de ses films, un personnage se nomme Griff, hommage à l'un des ses camarades de combat, privé de ses membres après l'explosion d'une mine.

Après l'abandon d'un projet qui lui permit toutefois de travailler avec Fritz Lang, il réalise son premier long-métrage, J'ai tué Jesse James, salué par la critique. Il enchaîne avec le succès de J'ai vécu l'enfer en Corée, et se taille, tout comme son complice Richard Brooks, une solide réputation de novateur. Comme pour le Le Port de la drogue un grand film noir, Fuller est accusé de communisme par les uns, d'anti-communisme par les autres, dans un climat de guerre froide et de chasse aux sorcières.
Attaché avant tout à sa liberté, Fuller poursuit une carrière fructueuse, épaulé par son fidèle producteur, Darryl Zanuck. Il signe La Maison de bambou, un polar magnifique visuellement et fondamentalement novateur.
Le Jugement des flèches et Quarante tueurs westerns d'un nouveau genre, China Gate avec Nat King Cole, Les Bas-fond new-yorkais dont le personnage est inspiré de Jean Genet, Les Maraudeurs attaquent, ode à l'infanterie : Fuller revient en détail sur le tournage de ces grands films.
Puis c'est le chef-d'oeuvre Shock Corridor, suivi de Police Spéciale, un splendide portrait de femme.

Les temps ont changé et commence alors une carrière de réalisateur indépendant beaucoup plus incertaine. Un séjour à Paris pour un projet de film avorté lui permet de rencontrer Henri Langlois, Luc Moullet, Jean-Luc Godard, ainsi que sa seconde épouse, Christa Lang.
Le récit des ses amitiés avec Peter Bogdanovitch, Curtis Hanson, Budd Boetticher, Jim Morrison, François Truffaut ou John Ford, de ses rencontres avec Luis Bunuel, Agnès Varda, Jacques Demy, Fassbinder, Henry Miller est passionnant et savoureux. Fuller est particulièrement fier de l'influence qu'il a exercée sur de nombreux cinéastes qui fait de lui un « réalisateur de réalisateurs ».
La fin des années 60 et le début des années 70 est une période particulièrement délicate pour le cinéaste, empêché de travailler et affecté par les disparitions de Sharon Tate, Gia Scala et Jim Morrison.
Ses projets de mise en scène n'aboutissant pas, Fuller accepte de tourner sous la direction de Dennis Hopper et Wim Wenders, avec lesquels il s'entend à merveille.

Grâce à Peter Bogdanovitch, The Big Red One se concrétise enfin. Le montage final lui échappe, mais il reste fier d'avoir mené à bien ce projet très personnel.
Si son dernier film, une adaptation d'un roman de Goodis produit par Jacques Bral ne le satisfait pas, les dernières années de sa vie sont encore marquées par de nombreuses et belles rencontres : les frères Kaurismaki, Pierre William Glenn, Jonathan Demme, Amos Gitai, Martin Scorsese, Tim Robbins, Quentin Tarantino. James Ellroy, fan de ses films, l'affuble du surnom, qu'il apprécie beaucoup, d' « enculé de vieux croûton ».

« Certains disent que si l'on n'aime pas les Rolling Stones, on n'aime pas le rock'n roll. De la même façon, je crois que si l'on n'aime pas les films de Sam Fuller, on n'aime pas le cinéma.» affirme Martin Scorsese dans sa préface. Grand cinéaste, Samuel Fuller est aussi un grand conteur comme le prouvent ses mémoires, récit passionnant et sincère d'un créateur, témoin et acteur de son temps, écrit sous le signe de la liberté, de la franchise, de l'amitié et de l'amour.

Un troisième visage. Récit de ma vie d'écrivain, de combattant et de réalisateur de Samuel Fuller. Allia 2011.

Sont disponibles en DVD, Les Maraudeurs attaquent, Au delà de la gloire, Baillonette au canon et J'ai vécu l'enfer en Corée, ses quatre grands films de guerre. Côté polar, on trouve là aussi tous les meilleurs titres : Shock Coridor, Le Port de la drogue, The Naked Kiss, La Maison de bambou. Deux raretés, Ordres secrets aux espions nazis et Le Démon des eaux troubles, agréable série B en huis-clos sous-marin. Shark et Sans espoir de retour sont deux films qui ne correspondent que peu à la volonté du réalisateur. Quarante tueurs, son plus grand western, est également disponible.

27/06/2011

LE POINT DE NON-RETOUR

Quais du Polar s'associe à l'Institut Lumière pour présenter Le Point de non-retour, chef d'oeuvre policier de John Boorman.

point-de-non-retour-67-07-g.jpgVendredi 1er juillet à 19h
Institut Lumière
25, rue du Premier Film
69001 Lyon

À la suite d'un hold-up, Walker s'est fait doubler par son complice Reese qui s'est enfui avec sa femme et le butin. Il n'a désormais plus qu'une idée en tête : assouvir sa vengeance...

Polar et film d'action au suspense hitchcockien, avec Lee Marvin en incarnation de la vengeance, Point Blanckest une adaptation d'un roman de Donald Westlake. L'influence de ce deuxième film de John Boorman fut immense - sur Martin Scorsese, Quentin Tarantino ou Christopher Nolan. Quasi-expériemental par moments, ce film est l'un des précurseurs du renouveau du cinéma américain des années soixante-dix.

Le Point de non-retour
(Point Blank, États-Unis, 1967, 1h32, Couleur)
Avec Lee Marvin, Angie Dickinson, John Vernon.

03/01/2011

FENETRE SUR COUR

fenetre_sur_cour.jpgA l'occasion de la sortie du livre de Patrick McGilligan, Alfred Hitchcock, une vie d'ombres et de lumière, l'Institut Lumière propose pendant trois mois une rétrospective des films d'Alfred Hitchcock. Le coup d'envoi est lancé demain à 20h avec la projection de Fenêtre sur cour, séance présentée par Fabrice Calzettoni.

Adapté d'une nouvelle de William Irish, maître de l'angoisse, auteur entre autres de La Mariée était en noir et de La Sirène du Mississippi, Fenêtre sur cour est un des nombreux chefs-d'oeuvre du cinéaste.

Le héros, interpreté par James Stewart, immobilisé chez lui pour cause de facture, comble son ennui par l'observation des occupants de l'immeuble faisant face au sien.

Si le thème du voyeurisme est au centre du film, on peut tout autant y voir une allégorie du cinéma, ou encore un panorama des différentes possibilités de vie en couple.

Le spectateur se trouve lui-même en position de voyeur, explorant méthodiquement les appartements et leur occupants, comme le fera plus tard Georges Perec dans La Vie mode d'emploi.

Alfred Hitchcok fut encore le meilleur VRP de son film : « Si vous ne ressentez pas une délicieuse terreur à la vue de Fenêtre sur cour, alors pincez-vous, vous devez probablement être mort ».

Fenêtre sur cour
Mardi 4 janvier à 20h
Vendredi 7 janvier à 19h
Samedi 8 janvier à 20h45
Dimanche 9 janvier à 16h45
Mardi 11 janvier à 19h

Institut Lumière
25, rue du Premier Film
69 008 Lyon
Billets en vente sur : http://www.institut-lumiere.org/

18/11/2010

LAURA

laura1944fs4.jpgA partir du 20 novembre, et pour trois projections, l'Institut Lumière programme Laura, un classique du film noir.

Qui a tué Laura Hunt (Gene Tierney) ? L'inspecteur Mark McPherson (Dana Andrews) mène l'enquête dans l'entourage de la victime. Au fil de ses investigations, il est de plus en plus subjugué par la figure de la disparue...

Laura est à la fois une enquête policière extrêmement originale (pour ceux qui ne l'ont jamais vu, on taira l'originalité principale...), et un drame psychologique d'une rare noirceur.
L'utilisation du flash-back et de la voix off confèrent au film une poésie mélancolique très particulière, presque irréelle. On se souvient longtemps du début du film : « I shall never forget this week-end, the week-end Laura died » (en VF, « je n'oublierai jamais le week-end qui suivit la mort de Laura »).Si Patrick Brion parle d'un « film parfait », Jacques Lourcelles va encore plus loin : « Classique à la perfection esthétique à peu près unanimement reconnue  (…), Laura figure parmi ces quelques films qui permettent de croire au caractère durable du cinéma et de ses chefs-d'œuvres » (Dictionnaire du cinéma). On ne peut guère mieux dire...

Laura deviendra un véritable mythe. Raymond Borde et Étienne Chaumeton parle d'elle comme d'  «une des plus adorables créatures de l'écran (…), un modèle de grâce voluptueuse et d'équilibre » (Panorama du film noir américain). Il en est de même pour son interprète, Gene Tierney : malgré une carrière relativement brève, elle sera l'interprète principale de très grands films, dont L'Aventure de Madame Muir de Joseph Mankiewicz et l'admirable Péché mortel de John Stahl.

Si l'idée de l'adaptation revient à Otto Preminger, à l'époque obscur cinéaste autrichien, il est à l'origine simplement producteur du film. Il sera finalement le réalisateur de Laura, premier d'une longue série de chefs d'œuvres particulièrement dans le genre noir : Un si doux visage, Mark Dixon détective (dans lequel il met à nouveau en scènes le couple Tierney-Andrews), ou encore Autopsie d'un meurtre.

La musique envoutante de David Raskin donnera naissance à une chanson de Johnny Mercer, reprise ensuite par des dizaines d'interprètes dont Franck Sinatra, Nat King Cole et Sidney Bechet. On peut l'entendre notamment dans Bird, le film de Clint Eastwood consacré à Charlie Parker.

A noter aussi que l'auteure du roman, Vera Caspary, écrira par la suite directement pour le cinéma. Elle collaborera notamment au scénario de Chaines conjugales de Joseph Mankiewicz.

Samedi 20 novembre à 20h30laura_PDVD_007a01.jpg
Mercredi 24 novembre à 19h
Vendredi 26 novembre à 21h
Film d'Otto Preminger avec Gene Tierney, Dana Andrews, Clifton Webb, Vincent Price, Judith Anderson. Scénario de Jay Dratler, Samuel Hoffenstein, Betty Reinhardt d'après le roman de Vera Caspary. Musique de David Raksin.
(États-Unis, 1944, 1h28, N&B)

 
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