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12/10/2011

Retour sur la rencontre avec Morgan Sportès

Samedi 1er octobre, nous recevions Morgan Sportès pour son roman Tout, tout de suite (Grasset) à la librairie Decitre. Retour sur la rencontre.

Morgan-Sportes_Sipa.jpgMorgan Sportès livre un récit hyperréaliste, malgré les changements de nom, de l’affaire Fofana-Halimi, avec toutefois quelques effets, touches ironiques, notes d’humour noir et citations de tête de chapitre qui donnent le point de vue de l’auteur et évite par là que chacun se permette de plaquer sa propre idéologie sur le récit.

Trente ans après L’Appât, Sportès a choisi un fait-divers qu’il estime particulièrement symptomatique du monde contemporain.

On suit le calvaire de la victime, certes torturé par Yacef, mais surtout par la faim et le froid, extrême cet hiver là.

Lecture violente, prenante, épuisante, mais extrêmement stimulante, le récit, souvent froid et distanciée, laisse toutefois parfois place à l’émotion

On sent la compassion de l’auteur pour la victime, mais aussi pour les membres de la bande, plus perdus les uns que les autres.

L’antisémitisme, central dans les médias au moment de l’affaire, apparaît dans les faits comme secondaire et surtout complètement inarticulé. Sportès parle de l’antisémitisme de Yacef comme d’un socialisme des imbéciles, fantasme du juif comme symbole du capital, mais insiste sur son incapacité mentale à percevoir son réel oppresseur.

Si le « cerveau » de la bande, Yacef, est un authentique psychopathe, les autres personnages apparaissent avant tout comme des enfants perdus, particulièrement représentatif du vide moderne, aggravé par trois phénomènes contemporains : la mondialisation, le développement du quart-monde au sein de nos sociétés, et la régression religieuse.

La « sinistre innocence » que Guy Debord, ami de l’auteur, voyait dans les personnages de L’Appât, semble encore plus prégnante ici. Le drame de ces lumpen-prolétaires est que le monde contemporain n’a plus besoin d’eux, même plus de leur force de travail. Comme l’indique le titre, ces gosses ont la haine des délais et des médiations et semblent incapables de pensées construites.

Ayant eu accès au dossier d’instruction, complété par des rencontres et correspondances avec certains des acteurs, Morgan Sportès fait le récit tragique et pessimiste d’un fait divers révélateur de la crise de nos société, ou, comme lui a écrit Simon Leys, de la « fin de la civilisation européenne ».

La relation des faits bruts est parsemée de citations d’auteurs tels Guy Debord, Jaime Semprun, Anselm Jappe, Adorno, Spinoza ou Kuron, qui par delà l’horreur du récit nous invitent à nous interroger sur l’état et l’avenir de notre monde.

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