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30/05/2011

Disparition de Michel Boujut

Michel Boujut, écrivain et critique de cinéma est mort dans la nuit de samedi à dimanche.

Boujut.jpgCo-producteur de la mythique émission Cinéma, cinémas, Michel Boujut était avant tout un critique libre, membre d'aucune chapelle.

Auteur de romans policiers publiés chez Rivages, on lui doit le premier ouvrage consacré à Wim Wenders, mais aussi un indispensable livre d'entretiens avec Claude Sautet (Conversations avec Claude Sautet) et un délicieux recueil de réflexions sur son métier (La Promenade du critique), tous deux publiés chez Actes Sud/Institut Lumière.

Son dernier livre, Le Jour où Gary Cooper est mort, paru en début d'année chez Rivages, évoque son refus de partir pour l'Algérie en 1961 et sa découverte du cinéma. Patrick Modiano avait salué l'ouvrage : « Cher Boujut, c'est vous qui avez le le mieux exprimé "l'odeur du temps" de ces années ».

En 2009, nous avions reçu Michel Boujut à Quais du Polar pour un dialogue avec son ami Michel Piccoli autour de Max et les ferrailleurs de Claude Sautet. Nous avions pu apprécier sa gentillesse, sa disponibilité et son immense culture.

26/05/2011

CAPHARNAÜM

Une revue entièrement consacrée à Jean-Pierre Martinet, écrivain, cinéphile et grand amateur de romans noirs.

Capharnaum2.jpgLes Éditions Finitude ont sorti l'an passé le premier numéro de la revue Capharnaüm, recueil de textes inédits ou rares de Raymond Guérin, Georges Arnaud, Jean-Pierre Martinet et bien d'autres. Elles récidivent cette année avec un numéro deux entièrement consacré à ce dernier, intitulé Jean-Pierre Martinet, sans illusions.

Cette revue est d'une qualité exceptionnelle, parfaite tant sur la forme (maquette, photographies, mise en page, papier, typographie) que sur le fond.

Ce numéro comprend la correspondance que Jean-Pierre Martinet, romancier qui sut « saisir à cru la fuite du temps » comme l'écrit Gérard Guégan dans Ascendant Sagittaire, a adressé à son ami, l'auteur et éditeur Alfred Eibel, entre 1979 et 1988. L'auteur de La Somnolence et de Jérôme, tous deux réédités chez Finitude, parle de son quotidien, de l'écriture, de ses lectures, de la critique littéraire, de cinéma, de télévision et, pour ce qui nous occupe, de polar.

Rapproché du roman noir par Raphaël Sorin dans un entretien pour la revue Canal (qu'on aimerait lire, peut-être dans une prochaine livraison ?), il avoue sa satisfaction : « le fait d'être situé dans le courant "noir" n'est pas pour me déplaire. » Hélas, son grand projet de roman « dans le ton de la Série Noire », visiblement inachevé, reste inédit.

Il voue un culte tout particulier à Henri Calet (on lui doit sa redécouverte) et Raymond Guérin, ainsi qu'à Jim Thompson, une de ses références littéraires. « Vive Thompson et son désespoir titubant, vive Goodis et son goût du "nada" ». Il est aussi louangeur sur les propos « remarquables » que tient Alain Corneau sur « le grand Jim ».

Lors d'une émission Apostrophes consacré au polar, il est exaspéré par Manchette (« puant de prétention ») et ADG (« poujadiste satisfait »), mais est séduit par Boileau, Narcejac et surtout Léo Malet : « naturel, drôle, pas "homme de lettres" pour deux sous ».

Proche des mac-mahoniens (Michel Mourlet, Michel Marmin, Pierre Rissient...), il révère aussi le film noir, Henri Hathaway, et surtout Otto Preminger, Fritz Lang et Raoul Walsh.

Ses attaques, souvent injustes, toujours excessives, sont extrêmement savoureuses, et n'épargnent pas même ses proches comme Gérard Guégan, premier éditeur de Jérôme, au Sagittaire, ou Gabriel Matzneff.

Le style est vif, drôle, tout à tour méchant et désespéré, magnifique et touchant. Un vrai plaisir de lecture et une invitation à découvrir l'œuvre d'un auteur encore injustement méconnu.

Capharnaüm numéro 2, été 2011, Finitude, 13,50€

Extrait : «C’est vraiment un piège à la con, la littérature : moi, par moments, ça me flanque la nausée, je t’assure (et ce n’est pas de la littérature!). [...] Oui, un piège à cons, il n’y a pas d’autres mots: tout ce mécanisme, les relations auteur/éditeur, oui, tout cela, quelle pitoyable comédie (et en plus elle se joue devant une salle vide!). On a parfois l’impression que l’écriture est le dernier refuge de ceux qui ne savent rien faire: statut pas très glorieux, il faut bien le reconnaître, surtout quand le succès n’est pas au rendez-vous, comme c’est presque toujours le cas. La dernière fois que j’ai réellement éprouvé du plaisir à écrire (une jouissance, oui, même si le mot est bien galvaudé), cela remonte à Jérôme (qui est, comme par hasard, ce que j’ai fait de mieux). Tu vois que cela ne remonte pas à hier!... »

 

24/05/2011

CHABROL PAR LUI-MÊME ET PAR LES SIENS

michelpascal.jpgOn croyait tout savoir sur Claude Chabrol et son œuvre grâce aux nombreuses interviews qu'il a accordé, à son autobiographie Et pourtant je tourne, et aux nombreux ouvrages qui lui ont été consacrés, dont les indispensables Claude Chabrol par Joël Magny, et Un jardin bien à moi, un livre d'entretien avec François Guérif.

Et bien non, on ne savait pas tout, et le projet de Michel Pascal mérite une attention particulière. Co-écrit avec Claude Chabrol en 2010, interrompu par sa disparition brutale, l'ouvrage est complété par des contributions (drôles et/ou poignantes) de ses proches, épouses et enfants.

Ces circonstances confèrent au livre un caractère particulièrement émouvant, renforcé par le sentiment que le cinéaste parle de lui-même et de son œuvre comme il ne l'avait jamais fait auparavant.

Le prologue mériterait d'être cité intégralement tant l'autoportrait de l'homme et du cinéaste semble juste : « Ce que je sais, c'est que j'ai eu assez tôt, et l'ambition d'avoir une vie agréable, et la prétention imbécile mais tenace de faire une oeuvre. »

De son enfance et son passage par sciences-po (« J'ai jamais vu un tel ramassis de cons »), jusqu'au long état de béatitude des dernières années (« l'absence totale d'inquiétude et la satisfaction par rapport à mon travail »), Claude Chabrol évoque ses rapports au pouvoir, à l'argent, aux femmes, à la politique, à la nourriture, à la télévision, au cinéma, à l'Homme...

On découvre avec émotion un Chabrol inconnu, qui ne s'était jamais livré aussi intimement. Le plus intéressant est sans doute la justification de son mode de vie, l'évocation de ses blessures, et ses sources d'inspiration et modèles.

A ses maîtres cinématographiques, Fritz Lang (« le plus fort de tous ») et Jean Renoir (« La Règle du jeu, un film dans lequel il y a tout »), il ajoute Marcel Pagnol, cinéaste dont il se sent le plus proche et dont il admire la droiture et la fidélité à lui-même.

En littérature, ses modèles restent Corneille, Flaubert et Simenon, mais on comprend que son ambition est d'être le Balzac du XXe siècle. Et on peut dire que sur ce plan, il n'a pas démérité...

Il rend aussi un hommage appuyé à ses proches, sa famille, mais aussi à Rohmer et Truffaut, ainsi qu'à l'indispensable Paul Gegauff, dont le rôle a été déterminant dans son évolution personnelle. Une monographie consacrée à cet écrivain, scénariste (pour Chabrol, Rohmer ou René Clément) et réalisateur, héraut de la modernité cinématographique, reste à écrire. Il y a urgence, les témoins sont chaque jours moins nombreux.

On se désole à l'évocation de ses projets qui ne verrons jamais le jour : un film d'après L'Escalier de fer de Georges Simenon qui devait être tourné à Lyon, ainsi qu'un adaptation de Wang-Lun d'Alfred Döblin, un roman sur les origines de la révolution chinoise...

Contrairement à l'opinion communément admise, Chabrol aime son œuvre, mis à part quelques exceptions, comme La Décade prodigieuse ou Folies bourgeoises. Et il a bien raison...

Reste bien sûr des zones d'ombres sur lesquelles il ne s'est jamais exprimé, comme par exemple ses rapports avec Maurice Pialat, avec qui il a été très intime, mais ce livre éclaire sous un jour nouveau un homme et un créateur complexe et passionnant.

L'autoportrait interrompu est complété par des contributions de ses proches, ses épouses, ses enfants et Isabelle Huppert. L'ensemble est drôle, émouvant, passionnant.

Enfin, l'ouvrage est une invitation à découvrir ou redécouvrir une oeuvre, qui hélas, s'est arrêté au cinquante-septième film...

 

Claude Chabrol et Michel Pascal, Par lui même et par les siens, éditions Stock, 20 €

20/05/2011

POURQUOI LE CRIME ?

Jean-Bertrand Pontalis, psychanalyste, philosophe, fondateur de la précieuse collection L'un et l'autre chez Gallimard, est l'auteur d'Un jour, le crime, un essai paru en février chez Gallimard.

Un-jour-le-crime.jpgDans ce court essai, l'auteur s'interroge sur le crime et la fascination qu'il exerce sur nous.

A l'occasion de l'exposition Crime et Châtiments à Orsay, il passe en revue diverses figures criminelles, de Caïn à Charlotte Corday, Violette Nozière, les sœurs Papin ou encore Pauline Dubuisson, une criminelle oubliée : à la veille de comparaître pour le meurtre de son amant, elle tente de se suicider. Après plusieurs journées dans le coma, le procès reprend, et l'avocat des partie civile a ce mot ignoble à l'adresse de l'accusée : « en somme, vous ne réussissez que vos assassinats ». Elle finira par se suicider en prison.

 

Pontalis ne se contente donc pas d'analyser le fait-divers comme révélateur de l'âme humaine, il interroge aussi la justice et le châtiment, parfois « aussi démesuré que le crime ». (Le Village des cannibales d'Alain Corbin).

« Les procès, écrit Stéphane Durand-Soufflant dans Disparition d'une femme, l'affaire Viguier (Éditions L'Olivier), sont des moments de violence viscérale, de déchaînement de sauvagerie, de déballage impudique ».

Si le mystère central reste irrésolu, et les raisons du passage à l'acte inexplicables, Pontalis interroge ainsi le pouvoir, l'abus de pouvoir, le crime de masse et propose, sous l'égide de Freud, une réhabilitation du renoncement.

Un des plus beaux chapitres recense les moyens de conjurer la mort, et peut-être que la donner en est un... La solution de Queneau et Bergounioux semble toutefois préférable...

Il explore aussi le champ littéraire. Le fait divers, un « précipité de roman », fût une source d'inspiration pour Stendhal, Maupassant, Dostoïevski, Camus, Modiano, Barbey d'Aurevilly, Carrère...

Dans ce domaine, la réalité dépasse parfois la fiction. Ainsi les deux policiers qui arrêtent les sœurs Papin, se nomment Vérité et Ragot. Il en est de même pour l'affaire Jean-Claude Romand. Né de l'imagination d'un auteur, ces faits auraient été jugés incroyables.

Un chapitre du livre intitule « pourquoi je ne lis pas de polars ». Rapidement le malentendu se dissipe, Pontalis expose son peu de goût, non pour le roman noir ou le polar en général, mais uniquement pour le roman à énigme classique. Quelques pages plus loin, il affirme ainsi son plaisir à lire les romans noirs de Thierry Jonquet.

Comme l'a souligné Arnaud Viviant, un des thèmes sous-jacent du livre est le lien entre la maison Gallimard et le fait-divers : création par Antoine Gallimard de la revue Détective pour sauver la NRF; fascination de Gide pour le fait divers avec ses deux récits La Séquestrée de Poitiers et L'Affaire Redureau; commande à Jean Meckert d'un ouvrage sur l'Affaire Dominici (La Tragédie de Lurs, réédité chez Joëlle Losfeld); passion de Jouhandeau pour le curé d'Uruffe...

Pour résumer, une promenade littéraire et intellectuelle, stimulante et rafraichissante, présentant aussi l'avantage de donner des désirs de lecture par dizaines.

 

J.-B. Pontalis, Un jour le crime, Gallimard, 180 p., 14,90 €

RENCONTRE AVEC FRANCOIS-GUILLAUME LORRAIN

l_homme_de_lyon_130938_250_400.jpgMardi 24 mai à 19h30

Rencontre avec François-Guillaume Lorrain

Librairie La Voie aux Chapitres

4, Rue Saint-Jérome

69007 Lyon

François-Guillaume Lorrain, critique cinéma au magazine Le Point, est aussi l'auteur de L'Homme de Lyon, un roman publié en janvier chez Grasset.

Le narrateur enquête sur son père récemment disparu qui lui a laissé quelques photos pour percer le secret de son existence. De l'Occupation à aujourd'hui, de Lyon à Berlin, François Guillaume Lorrain nous convie à une réflexion sur la filiation, la transmission et l'Histoire.

 

 

13/05/2011

Cercle des lecteurs Quais du Polar : Robin Cook

Quais du polar fédère depuis plusieurs années un groupe de lecteurs de polar, occasionnels ou assidus, qui se réunissent une fois par mois, autour d'un auteur ou d'un thème.

Accrocs au polar ou néophites, tous le monde est le bienvenu pour des discussions ouvertes autour d'un verre.
Le rendez-vous de rentrée sera consacré à l'oeuvre de l'écrivain anglais Robin Cook.

cook.jpgMercredi 25 mai à 19h
Bistrot Librairie Polar
Les Vengeances Tardives
76, cours Gambetta
69007 Lyon
Métro Garibaldi ou Saxe-Gambetta

Robin Cook (1931-1994), auteur anglais à ne pas confondre avec son homonyme américain spécialisé dans le thriller médical, est l'un auteur de romans noirs parmi les plus important du XXe siècle.
Issu dans milieu bourgeois, il rompt très jeune avec sa famille pour vivre « dans la dèche à Paris et à Londres ». Ils enchaîne ensuite divers petits boulots extrèmements variés, et s'installe dans l'Aveyron dans les années soixante-dix. Son autobiographie, Mémoire vive (Rivages) revient en détail sur son parcours.
Il débute par une série de romans noirs, politiques et sociaux, violente critique de la société anglaise, dont les plus remarquables sont Quelque chose de pourri au royaune d'Angleterre et La Rue obscène (Rivages).
La suite de son oeuvre, sa meilleure part selon nous, est consacrée aux enquête d'un sergent du service des morts inexpliquées. Ces quatres romans, On ne meurt que deux fois (Gallimard), Les Mois d'avril sont meurtriers (Gallimard), Comment vivent les morts (Gallimard) et J'étais Dora Suarez (Rivages), sont des chefs d'oeuvres dans lesquels une noirceur et une violence insoutenable cotoient une humanité et un romantisme bouleversant.
Les deux premiers, adaptés au cinéma sous le même titre, respectivement par Jacques Deray et Laurent Heynemann, ont donné naissance à deux films passionnants.
« Robin Cook est un écrivain d'exception. Son oeuvre, homogène, reste sans égale » Claude Mesplède.

Dans un second temps, chacun pourra faire part de ses lectures, de ses coups de coeur ou de ses coups de gueule.

 

12/05/2011

LEO MALET, MAUVAIS SUJET

Sorti l'an dernier,  Léo Malet mauvais sujet, Nestor Burma passe aux aveux, à mi-chemin de la biographie et de l'étude littéraire, se révèle indispensable.

Leo Malet.jpgCédric Pérolini livre une version abrégée de sa thèse consacrée à l'auteur des Mystères de Paris. Il explore l'existence d'un auteur qui mettra beaucoup de son expérience personnelle dans ses romans. L'autobiographie traverse en effet l'ensemble de son oeuvre.

La force du livre est de consacrer une large place à l'évolution politique de l'auteur, pour le moins énigmatique, et plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord.

Sur le plan littéraire, Cédric Pérolini interroge la diversité de l'oeuvre, des premières poésies surréalistes aux romans noirs et populaires, et souligne son importance dans l'histoire de la littérature policière. Léo Malet joue ainsi un rôle fondamental dans l'acclimatation européenne du roman hard-boiled américain, et annonce le néo-polar des années 70.

Enfin, cet ouvrage analyse les postérités de l'oeuvre, à la fois à travers les multiples adapations cinématographiques, télévisuelles et dessinées dont elle a fait l'objet, et par l'influence qu'elle a exercée sur d'autres écrivains.

Cédric Pérolini, Léo Malet mauvais sujet, Nestor Burma passe aux aveux. Préface de Patrick Pécherot, avec un texte inédit de Léo Malet. Editions L'atinoir, collection « L'atineur », Marseille, novembre 2010, 305 p. 9,50 €

Extrait de la préface de Patrick Pécherot :

« « Malet précurseur ? Je veux ! Et de la plus belle manière, en dilettante, le nez au vent, au hasard des chemins, au petit bonheur. Ces mille façons que goûteront toujours les amoureux des rues et les enfants rêveurs d’écoles buissonnières. Dans le petit monde du polar nous sommes plus d’un à lui devoir beaucoup, même si la plupart l’ignorent ou le refusent. Jean-Patrick Manchette lui réservait « la part du lion », voyant en Malet le « seul et unique auteur français de roman noir à travers les années quarante, les années cinquante, les années soixante. » Jean-François Vilar raccordait en secret son passage Jouffroy à ceux du Caire et de Brady, pour nous conduire - cartographie mystérieuse - dans la boutique évocatrice d’un Maléo, à l’anagramme réfléchissant comme un objet miroir. Jusqu’à Jim Jarmush, hommage branché, programmant, dans Stranger than paradise, un énigmatique et référencé The sun is not for us à l’affiche d’un cinéma. »

09/05/2011

RENCONTRE AVEC CARYL FEREY

Mercredi 11 mai à partir de 19h, Caryl FEREY, lauréat du Prix des lecteurs QDP 2009, signera sont nouveau roman, NOUVEAU MONDE INC (La Tengo Editions) à la librairie TERMINUS POLAR (1 RUE ABEL RABAUD, PARIS 11e, METRO GONCOURT)

Fereycouv_nouveau-monde-web_m.jpgAdaptation d'une pièce radiophonique réalisée pour France-Culture en 2010, ce roman est le second titre de la collection Pièces à conviction.

Présentation de l'éditeur :

Marie croyait partir au ski avec Pierre, pas qu’elle boirait avec ses amis et participerait à leurs jeux imbéciles.
Marie croyait que les accidents de voiture n’arrivaient qu’aux autres, que la mort était abstraite.
Marie ne croyait pas qu’elle rencontrerait un jour un attaché culturel tchétchène, encore moins qu’il l’emmène sur la lune.
Marie ne savait pas que le monde était comme elle : à l’agonie...
Caryl Férey imagine un nouveau monde où les bruits sont en prison, les voitures roulent avec de la merde, la mer est une poubelle et où les gens inutiles sont exécutés. Un monde pas si éloigné du nôtre… L’auteur revisite de façon anarchique et amusée les dysfonctionnements et les aberrations de notre société : productivisme, consommation, racisme,...

05/05/2011

ANIMAL KINGDOM

Premier long-métrage de l'australien David Michôd, un réalisateur cinéphile remarqué pour ses courts-métrages, Animal Kingdom dresse le portrait d'une famille de malfrats australiens

Animal_kingdom_1.jpgEn cette printemps où les écrans sont envahis par les polars (du réaliste Coup d'éclat au spectaculaire Détective Dee, de l'incroyable La Proie à l'angoissant Il était une fois un meurtre), la palme de l'originalité revient sans conteste à Animal Kingdom, Prix du meilleur film étranger à Sundance en 2010.

Le générique, constitué d'images noir et blanc de caméras de vidéo-surveillance tournées pendant des braquages, annonce une atmosphère particulièrement angoissante.
La scène d'ouverture poursuit sur le même ton : un adolescent de 17 ans semble abruti devant une émission de téléréalité pendant que deux membres du SAMU tentent de réanimer sa mère victime d'une overdose d'héroïne. Orphelin, il est recueillit par sa grand-mère, et intégré à son clan de truands...

Le personnage central, qui semble plus perdu qu'il ne l'est réellement, va traverser le film hanté par une question centrale : « Comment trouver ma place ? ». Sa grand-mère, mère-louve, règne sur la tribu de ses fils délinquants, avec qui elle entretient des rapports extrêmement ambigus, à la frontière de l'inceste. Quelque chose est pourri dans ce royaume matriarcal...

Braquage, trafic de drogue, mais aussi spéculation boursière, assurent aux oncles de l'adolescent un train de vie confortable. Les interprètes incarnent à la perfection cette tribu aux pathologies allant jusqu'à la psychose, si bien que l'on se prend à regretter d'être privé de leur présence en cas de mort prématurée...

Les avocats véreux et les flics sont tous aussi inquiétants, et même celui joué par Guy Pearce, plutôt paternel et non corrompu, est lui aussi ambiguë.

Le scénario, habile, jamais prévisible, emporte le spectateur dans une tragédie digne des films de James Gray, en particulier de The Yards film avec lequel il partage l'omniprésence des tentacules familiales.

Autre référence, Animal Kingdom peut être vu comme un cousin du Parrain de Coppola, mais le portrait d'une famille de petites frappes se substitue à celui de l'élite de la pègre.

Le cadre est par ailleurs plus austral : le film est tourné sous un soleil de plomb, dans le bush, mais surtout à Melbourne, peu après l'incendie meurtrier qui a ravagé la ville.
Le portrait de la cité est saisissant : « Melbourne, une grosse ville, très cosmopolite, avec un centre décati datant du XIXe siècle entouré par une immense ceinture urbaine érigée au cours du XXe siècle. C'est à la fois la capitale de la culture et du crime en Australie. J'en aime tous les recoins étranges et malpropres et j'ai essayé de rendre cette impression à l'image » explique le cinéaste à Libération.

Un film noir, tendu, rugueux, à découvrir absolument !

Animal Kingdom
(Australie; 2010; 1h52)
De David Michôd avec James Frecheville, Guy Pearce, Ben Mendelsohn, Jacki Weaver...

04/05/2011

COUP DE COEUR : COUP D'ECLAT

Coup d'éclat, second film de José Alcala, un polar social à découvrir absolument.

coup_d_eclat_1-2.jpgFabienne Bourrier, capitaine de police à Sète, passe la majeure partie de son temps à traquer les sans-papiers. Sa routine est bouleversée par l'assassinat d'une jeune prostituée. La policière découvre que celle-ci avait un fils, et décide de se lancer à sa recherche...

José Alcala offre, avec cette première incursion dans le cinéma de genre, un portrait de femme extrèmement émouvant. Au bord de la rupture, dépressive, hantée par la perte, lasse de son métier, ce personnage va chercher la rédemption dans une action pour une fois chargée de sens.

On ne peut que penser au personnage de Nathalie Baye dans Le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois, tant les points communs entre les deux femmes sont nombreux. La différence essentielle étant que Fabienne Bourrier est une femme seule professionellement, que personne n'écoute.

Les deux films ont aussi comme point commun un réalisme saisissant, et une mise en scène axée sur le motif de l'enfermement et de la claustrophobie.

Le portrait de Sète, loin des images de la Venise française, est celui d'une ancienne ville ouvrière, gangrenée par la crise, le chomage, la désindustrialisation, la fermeture des chantiers navals. José Alcala évoque ainsi subtilement la mémoire sociale de l'ancienne cité communiste. Refusant tout spectaculaire, il prend garde, par exemple, de ne pas filmer le mythique village de pêcheurs de la Pointe Courte.

Catherine Frot, parfaite en femme flic fatiguée, trouve un rôle à la hauteur de ses remarquables prestations dans les deux comédies policières de Pascal Thomas, Mon petit doigt m'a dit et Le Crime est notre affaire, ou encore dans le film de Lucas Belvaux, Cavale.

Coup d'éclat
(France, 2010, 1h32)
De José Alcala avec Catherine Frot, Karim Seghair, Marie Raynal, Liliane Rovère, Nicolas Giraud, Tcheky Karyo...

 
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