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26/05/2011

CAPHARNAÜM

Une revue entièrement consacrée à Jean-Pierre Martinet, écrivain, cinéphile et grand amateur de romans noirs.

Capharnaum2.jpgLes Éditions Finitude ont sorti l'an passé le premier numéro de la revue Capharnaüm, recueil de textes inédits ou rares de Raymond Guérin, Georges Arnaud, Jean-Pierre Martinet et bien d'autres. Elles récidivent cette année avec un numéro deux entièrement consacré à ce dernier, intitulé Jean-Pierre Martinet, sans illusions.

Cette revue est d'une qualité exceptionnelle, parfaite tant sur la forme (maquette, photographies, mise en page, papier, typographie) que sur le fond.

Ce numéro comprend la correspondance que Jean-Pierre Martinet, romancier qui sut « saisir à cru la fuite du temps » comme l'écrit Gérard Guégan dans Ascendant Sagittaire, a adressé à son ami, l'auteur et éditeur Alfred Eibel, entre 1979 et 1988. L'auteur de La Somnolence et de Jérôme, tous deux réédités chez Finitude, parle de son quotidien, de l'écriture, de ses lectures, de la critique littéraire, de cinéma, de télévision et, pour ce qui nous occupe, de polar.

Rapproché du roman noir par Raphaël Sorin dans un entretien pour la revue Canal (qu'on aimerait lire, peut-être dans une prochaine livraison ?), il avoue sa satisfaction : « le fait d'être situé dans le courant "noir" n'est pas pour me déplaire. » Hélas, son grand projet de roman « dans le ton de la Série Noire », visiblement inachevé, reste inédit.

Il voue un culte tout particulier à Henri Calet (on lui doit sa redécouverte) et Raymond Guérin, ainsi qu'à Jim Thompson, une de ses références littéraires. « Vive Thompson et son désespoir titubant, vive Goodis et son goût du "nada" ». Il est aussi louangeur sur les propos « remarquables » que tient Alain Corneau sur « le grand Jim ».

Lors d'une émission Apostrophes consacré au polar, il est exaspéré par Manchette (« puant de prétention ») et ADG (« poujadiste satisfait »), mais est séduit par Boileau, Narcejac et surtout Léo Malet : « naturel, drôle, pas "homme de lettres" pour deux sous ».

Proche des mac-mahoniens (Michel Mourlet, Michel Marmin, Pierre Rissient...), il révère aussi le film noir, Henri Hathaway, et surtout Otto Preminger, Fritz Lang et Raoul Walsh.

Ses attaques, souvent injustes, toujours excessives, sont extrêmement savoureuses, et n'épargnent pas même ses proches comme Gérard Guégan, premier éditeur de Jérôme, au Sagittaire, ou Gabriel Matzneff.

Le style est vif, drôle, tout à tour méchant et désespéré, magnifique et touchant. Un vrai plaisir de lecture et une invitation à découvrir l'œuvre d'un auteur encore injustement méconnu.

Capharnaüm numéro 2, été 2011, Finitude, 13,50€

Extrait : «C’est vraiment un piège à la con, la littérature : moi, par moments, ça me flanque la nausée, je t’assure (et ce n’est pas de la littérature!). [...] Oui, un piège à cons, il n’y a pas d’autres mots: tout ce mécanisme, les relations auteur/éditeur, oui, tout cela, quelle pitoyable comédie (et en plus elle se joue devant une salle vide!). On a parfois l’impression que l’écriture est le dernier refuge de ceux qui ne savent rien faire: statut pas très glorieux, il faut bien le reconnaître, surtout quand le succès n’est pas au rendez-vous, comme c’est presque toujours le cas. La dernière fois que j’ai réellement éprouvé du plaisir à écrire (une jouissance, oui, même si le mot est bien galvaudé), cela remonte à Jérôme (qui est, comme par hasard, ce que j’ai fait de mieux). Tu vois que cela ne remonte pas à hier!... »

 

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