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20/10/2010

Rencontre avec Olivier Cohen

carver.jpgRencontre avec Olivier Cohen autour de Raymond Carver
Dans le cadre du dixième anniversaire de la Librairie Passages
Jeudi 21 octobre à 19h
Librairie Passages
Réservations conseillées : 04.72.56.34.84


Olivier Cohen, premier éditeur français de Raymond Carver, est le fondateur des Éditions de l'Olivier qui fêteront leurs 20 ans l'an prochain. Il débute ses activités d'éditeur en 1975 en participant à la relance du Sagittaire, mythique maison de l'entre-deux-guerre, éditrice notamment des surréalistes. Aux côtés de Gérard Guégan et Raphaël Sorin, il publie entre autres les premiers Bukowski, Jérôme Martinet, Annie Lebrun, Alain Pacadis... L'aventure prend fin en 1979, mais la réédition régulière de nombreux titres originellement publiés au Sagittaire prouve l'importance de l'expérience malgré sa brièveté (Cf. Gérard Guégan, Ascendant Sagittaire, une histoire subjective des années soixante-dix, Éditions Parenthèses, un récit subjectif, comme l'indique le sous-titre, par un de ses acteurs essentiels).


Olivier Cohen rejoint ensuite Mazarine, puis Payot, maisons dans lesquels il publie les premières traductions françaises de Raymond Carver, avant de fonder les Éditions de l'Olivier. Il est resté fidèle à la maison qu'il a créé, exception faîte d'un bref passage à la direction du Seuil, propriétaire de l'Olivier, et dirige aujourd'hui une des plus belles maisons d'édition française.


Les Éditions de l'Olivier possèdent un des catalogues de littérature américaine contemporaine les plus intéressants, avec notamment Cormac McCarty, Jay McInerney, James Salter, Jonathan Franzen, mais aussi ouvert sur d'autres littératures, avec des auteurs comme Will Self, Jean-Paul Dubois (se précipiter sur Une vie française si vous ne connaissez pas), Christophe Honoré, Aharon Appelfeld, ou encore Jean Hatzfeld, auteur de bouleversants ouvrages sur le conflit yougoslave et le génocide rwandais.


L'Olivier, aussi éditeur de romans noirs, particulièrement au sein de la collection Soul Fiction dirigée par Samuel Blumenfeld, a publié entre autres Pete Dexter, Iceberg Slim, Georges Pelecanos.
A l'occasion de la publication des deux premiers volumes des œuvres complètes de Raymond Carver (sur six prévus), Olivier Cohen évoquera une figure et une œuvre majeure de la littérature américaine du XXe siècle.


ENTRETIEN AVEC OLIVIER COHEN, fondateur des Editions de l'Olivier


Quais du polar : Pour commencer, revenons sur votre parcours d'éditeur. Vous participez à l'aventure du Sagittaire (1975-1979) avec Raphaël Sorin et Gérard Guégan. Considérez vous cette expérience comme fondatrice ?


Olivier Cohen : Oui, ces années au Sagittaire ont été une formidable école pour le normalien que j’étais. Travail, amitié. Et qu’est-ce qu’on s’est amusé !


QDP : Vous collaborez alors à Subjectif, qui accorde une grande place à la littérature américaine. En quoi consistait votre participation à cette revue ? Est-ce de cette période que date votre passion pour cette littérature ?


O.C. : Ma participation à cette revue consistait principalement à stocker les invendus dans ma cuisine. (Non, je plaisante… Je me suis occupé d’un peu tout : le plus grand égalitarisme régnait à la Rédaction de cette revue, néanmoins dirigée d’une main de fer par Guégan). Quant à la littérature américaine, j’ai commencé à m’y plonger à l’âge de 14 ans.


QDP : Avez vous participé à l'édition des quatre ouvrages de Bukowski publiés à l'époque ?


O.C. : Oui, j’ai beaucoup travaillé sur les Bukowski [Contes de la folie ordinaire, Nouveaux contes de la folie ordinaire, et les deux volumes de L'Amour est un chien d'enfer].


QDP : Après votre passage aux Éditions Mazarine, puis Payot, où vous publiez pour la première fois Raymond Carver (nous y reviendrons), vous fondez en 1991 Les Éditions de l'Olivier. Quelle était votre ambition de départ ?


O.C. : Mon but était de piloter une structure ultra-légère afin de me concentrer sur l’essentiel, à savoir publier mes auteurs de prédilection, en m’appuyant sur un associé possédant un outil de diffusion puissant.


QDP : Pour les amateurs de romans noirs, votre nom reste associé à la découverte de Pete Dexter et de Iceberg Slim. Comment avez vous découvert ces deux auteurs (très différents) ?


O.C. : J’ai découvert Pete Dexter par hasard : un ami m’avait parlé de Paris Trout [Cotton Point], mais c’est surtout la lecture de Paperboy qui m’a décidé. En ce qui concerne Iceberg Slim, j’ignorais son existence jusqu’au jour où Sam Blumenfeld, qui dirigeait déjà la collection Soul Fiction à l’Olivier, m’en a parlé.


QDP : Quelle était le projet de départ de cette collection Soul fiction ?


O.C. : Soul Fiction reposait sur une idée simple : publier le meilleur d’une subculture noire née aux États-Unis au milieu des années 60, et qui, parallèlement au cinéma (« Blaxploitation ») et à la musique (le funk), a donné lieu à une littérature de genre très spécifique. George Pelecanos, lui, est blanc et d’origine grecque, mais il a su restituer mieux que quiconque ce climat et cette esthétique.


QDP : Alan Furst, écrivain américain de romans d'espionnage dans l'Europe du XXe siècle, occupe une place singulière dans votre catalogue.


O.C. : Alan Furst est, à ma connaissance, le seul auteur de romans d’espionnage dont les thèmes principaux - l’émergence des services secrets comme expression du fascisme et du stalinisme, les luttes fratricides en Espagne entre anarchistes, membres du P.O.U.M. et communistes, les activités clandestines du Komintern, etc. – me sont particulièrement chers.


QDP : Cormac McCarthy, écrivain venu lui aussi du roman noir, est sans doute aujourd'hui l'un des auteurs américains les plus connus en France. Avez vous apprécié l'adaptation de son roman par les frères Coen ?


O.C. : Je ne pense pas que Cormac McCarthy soit « venu du roman noir ». Il m’apparaît plutôt comme un descendant de Faulkner – quoique Méridien de sang doive beaucoup à Edgar A. Poe – et d’Herman Melville. Dans Le grand passage et Des villes dans la plaine, la référence à l’Antiquité (Homère, Virgile) me semble indiscutable. J’ajoute que Des villes dans la plaine est une allusion directe à Sodome et Gomorrhe, de Proust (je tiens cette précision de Cormac McCarthy lui-même).
J’ai beaucoup aimé No Country for Old Men des frères Coen.


QDP : Vous êtes l'unique éditeur français de Raymond Carver et vous semblez avoir un lien particulièrement fort avec cet auteur. Comment inciteriez vous ceux qui ne le connaissent pas encore à le découvrir ?


O.C. : En lisant Débutants [Débutants, premier volume de ses oeuvres complètes, est le manuscrit original, inédit jusqu'alors, d’un des livres les plus célèbres de Raymond Carver, Parlez-moi d’amour]


QDP : Carver est cité par beaucoup d'auteurs comme une référence. Quels écrivains contemporains vous semblent ses descendants les plus directs?


O.C. : Carver n’a aucun descendant, bien que nombreux soient ceux qui se réclament de lui.


QDP : Que pensez vous de l'adaptation cinématographique qu'a réalisé Robert Altman de certaines de ses nouvelles dans Short Cuts ?


O.C. : Short Cuts est une trahison complète du style et de l’univers de Carver . C’est aussi un des meilleurs films de Robert Altman. Je pense que Carver aurait adoré.


QDP : Pour terminer, si vous voulez citer un auteur, un livre et/ou un film que vous estimez injustement méconnu...


O.C. : Un auteur, B. Traven (auteur, entre autres, du Trésor de la Sierra Madre).
Un livre : Celle-qui-court-sur-les-vagues, d’Alexandre Grine. Traven et Grine ont pour seul point commun d’avoir appartenu tous deux au mouvement anarchiste.
Un film : Wild boys of the Road, de William Wellman (1933).


Entretien réalisé par courrier électronique le 19 octobre 2010.


Remerciements à Olivier Cohen et Pierre Hild des Éditions de l'Olivier, à Philippe Fusaro et Éric Fitoussi de la Librairie Passages.

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Quelques ouvrages cités.
Débutants. Raymond Carver. L'Olivier. 2010.
Paperboy. Pete Dexter. L'Olivier. 1995.
Cotton Point. Pete Dexter. L'Olivier. 1998.
Pimp. Iceberg Slim. L'Olivier. 1998.
Le Grand passage. Cormac McCarthy. L'Olivier. 1997.
Méridien de sang. Cormac McCarthy. L'Olivier. 1998.
Des villes dans la plaine. Cormac McCarthy. L'Olivier. 1999.
Les oeuvres de Georges Pelecanos et Alan Furst sont publiés aux Editions de l'Olivier.
Les oeuvre de B. Traven sont disponible entre autres à La Découverte et en 10/18. L'Insomniaque a publié en 2008, Insaisissable : les aventures de B Traven.

Commentaires

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Écrit par : Cheap Shoes Online | 06/07/2011

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