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30/09/2010

Lumière noire

Welles.jpgParmi la riche programmation de la seconde édition du Festival Lumière, focus sur quelques polars et films noirs...

Jean Louis Trintignant, présentera une de ses deux seules réalisations, Une journée bien remplie, un road-movie policier : Un père poursuit en side-car les responsables de la mort de son fils pour les supprimer les uns après les autres. Jacques Dufilho, interprète de ce boulanger devenu tueur en série par vengeance, juge dans ses souvenirs le film « supérieur à tout ce qu'on pouvait voir à l'époque en matière de comédie (…) Jean-Louis Trintignant est un grand metteur en scène incompris ». Ce film, extrêmement original, par la rareté de ses dialogues et ses côtés burlesques, n'est pas sans évoquer les road-movies déjantés du duo Kervern/ Delépine.

Le grand Jim Harrison, dont l'œuvre flirte avec la tradition du roman noir américain (voir en particulier Wolf et Un bon jour pour mourir) présentera un classique du film noir, La Soif du mal. Réalisé et interprété par Orson Welles, ce film est un des chefs d'œuvre du genre. Le premier plan est un des plus mythiques et commentés de l'histoire du cinéma.

 

Toujours côté classique, Psychose est programmé en copie restaurée. La mise en scène d'Hitchcock, la musique de Bernard Herrmann, la mythique scène de la douche à laquelle a collaboré Saul Bass, l'interprétation de Janet Leigh et Anthony Perkins, autant de bonnes raisons de (re)découvrir ce chef-d'œuvre sur grand écran.

 

Dans le cadre de la programmation Déjà classiques, Costa Gavras présentera Z, sans doute le premier thriller politique français. Après une adaptation très réussie de Compartiment tueurs, le roman de Sébastien Japrisot, Costa Gavras traite du putsch des Colonels grecs sous forme de polar, selon lui « le genre qui permet de dire le plus sur l'homme et son entourage ».

 

Michel Deville présentera Le Dossier 51, d'après un roman et scénario de Gilles Perrault. Selon François Guérif, « Deville a relevé le défi de faire le premier film d'espionnage moderne, avec des personnages définis par leurs fiches informatiques ».

 

L'œuvre de Raymond Bernard, un grand cinéaste aujourd'hui un peu oublié, est à découvrir absolument. J'étais une aventurière, une comédie à la Lubitsh sur fond d'escroquerie et de vols de bijoux, a reçu les éloges de Jacques Lourcelles dans son Dictionnaire du cinéma : « Raymond Bernard apparaît ici comme un prestidigitateur de grande classe qui soigne ses tours et respecte toujours son public. Sa malice est dénuée de cynisme, son style d'un brio tout classique et plein de retenue ».

 

Dans le cadre de la Nuit de la comédie américaine, est projeté The Big Lebowski des frères Coen, parodie de film policier hilarante, avec deUne journée bien remplie.jpg nombreux clins d'œil aux classiques du films noirs, dont Le Grand sommeil.

Enfin, notre coup de coeur, Justin de Marseille, nous en reparlons très vite...

 

Programme complet et horaires sur:

www.festival-lumiere.org

 

27/09/2010

BLACKSAD

blacksad_web.jpgLe quatrième volume de la série Blacksad, L'Enfer, le silence, est enfin disponible. Après cinq ans d'absence, Juan Diaz Canales (invité de la dernière édition du festival) au scénario et Juanjo Guardino au dessin, signent un nouvel album à la hauteur des précédents.

Bien que chaque tome puisse se lire séparément, si vous ne connaissez pas encore cette série née en 2000, précipitez vous sur les trois premiers volumes, explorations policières de l'Amérique des années cinquante.

Le héros, John Blacksad, chat de forme humaine, est un privé dans la grande tradition américaine. On pense, à Humphrey Bogart dans Le Grand sommeil d'Howard Hawks, ou aux personnages de Dashiell Hammett, un des auteurs préférés du scénariste. Les références au roman et au film noir sont omniprésentes, et les thématiques sont celles de l'âge d'or du polar : la corruption, le crime organisé, le racisme, le maccarthysme...

La volonté des créateurs d'utiliser des animaux anthropomorphes, seule entorse au réalisme, répond au désir de réunir la tradition de fable et la modernité du polar.

Le dessin réaliste, précis, parfaitement colorisé, se marrie à merveille avec des scénarios policiers inspirés des maîtres du roman noir.

Après New York et Las Vegas, ce quatrième opus a pour cadre La Nouvelle Orléans. Blacksad se voit confier par un producteur une enquête sur la disparition d'un pianiste sur fond de jazz, de moiteur et de trafic de drogue. On retrouve l'atmosphère spécifique de la Louisiane chère à James Lee Burke ou R.J. Ellory.

L'intrigue est une nouvelle fois complexe, noire et prenante. Les scènes de bar, de club et de rue, celle du carnaval notamment, sont particulièrement élégantes. L'impression générale de l'album est peut-être plus mélancolique que dans les précédents, mais tout aussi convaincantes.

Un nouveau personnage, incarné en hippopotame et inspiré du rôle d'Orson Welles dans La Soif du mal est, à l'image de l'album, particulièrement réussi.

Comme dans les précédents volumes, une partie du passé de Blacksad est dévoilé au cours de cet épisode.

Les auteurs ont promis que l'attente serait plus brève pour le cinquième volume. Espérons qu'ils tiennent parole...

Juan Diaz Canales lors de sa venue à Quais du polar en avril dernier, se présentait ainsi:

“On dit que les chats noirs portent la poisse. Et pourtant, c’est grâce à Blacksad, un chat noir privé, que j’ai eu la chance de devenir auteur de BD. Un vrai rêve accomplie! Puis, je continue à rêver à de nouvelles histoires, aussi bien comme dessinateur de films d'animation que comme scénariste de BD.

Mes favoris “noirs” :
Un film : Règlements de comptes de Fritz Lang
Un livre : La Clé de verre de Dashiel Hammett
Un auteur : Raymond Chandler”


Blacksad tomme IV, L'Enfer, le silence, Dargaud, 13,50 €

 

23/09/2010

Une brève histoire du Roman Noir

_MG_0977-Modifier.jpgJean-Bernard Pouy, auteur de romans noirs, occupe une place singulière, au croisement du néo-polar cher à Manchette et de l'Oulipo de Georges Perec. Si vous ne connaissez pas son œuvre, précipitez vous sur La Belle de Fontenay, ou RN 86, vous ne serez pas déçus.

Styliste et conteur, il est aussi un grand lecteur et un passeur. Une brève histoire du Roman Noir, contrairement à la somme indispensable de Claude Mesplède, Le Dictionnaire des littératures populaires, n'a nulle prétention à l'exhaustivité, mais est au contraire une promenade subjective dans un univers multiforme.

L'ouvrage, écrit avec la collaboration de Stéphanie Delestré, offre toutefois un survol assez complet de la littérature noire. Partant des origines, Sophocle, Dostoïevski ou encore Zola, il met en perspective la variété, l'histoire et l'évolution du genre, jusqu'à la période actuelle. Sont ainsi présentés les fondateurs, les classiques, les incontournables, venus du monde entier. Une place particulière est accordée aux auteurs particulièrement noirs, originaux, ou délirants. Ne sont pas oubliés les écrivains de littérature dite blanche qui flirtent avec le genre, tels Raymond Queneau, Jim Harrison ou Tanguy Viel. Pour finir, il présente quelques auteurs contemporains (Pascal Garnier, Caryl Ferey ou Shannon Burke) qui illustrent plusieurs possibilités d'évolution du genre.

Du fait de l'abondance de la production et de l'encombrement des rayons dédiés en librairie, ce livre est un guide précieux pour un néophyte voulant aborder un continent inconnu. Il pourra découvrir méthodiquement cette littérature, ou au contraire papillonner d'un auteur, d'une époque ou d'un genre à l'autre.

Ce livre est aussi un ouvrage-clef pour les amateurs en recherche d'originalité. J.B. Pouy a en effet recensé nombres de titres et d'auteurs injustement méconnus ou oubliés. Le plus blasé des spécialistes y trouvera de nouvelles pistes de lecture dont il ne soupçonnait même pas l'existence. A titre d'exemple, citons la merveilleuse Baleine scandaleuse de John Trinian, une galerie de personnages particulièrement savoureuse...

A la fois panorama, balade et déclaration d'amour au roman noir, cette brève histoire est indispensable.breve-histoire-ronoi.jpg

Laissons la conclusion, toujours d'actualité, à Jean-Patrick Manchette : « Rions en tout cas encore une fois des feuillistes qui affirment sempiternellement de tel ou tel ouvrage qu'il est davantage qu'un « roman policier ». Le roman noir, grandes têtes molles, ne vous a pas attendus pour se faire une stature que la plupart des écoles romanesques de ce siècle ont échoué à atteindre ».

 

Une brève histoire du Roman Noir. Jean-Bernard Pouy. L'Oeil Neuf. 14,90 €.

 

22/09/2010

Rebus, dernière

ian_photo.jpgIan Rankin, écrivain écossais né en 1960, s’est imposé comme l’un des maîtres du polar britannique. Exit Music, à paraître au Masque en octobre, marque la fin des aventures de l'inspecteur Rebus, son héros récurrent. Ian Rankin évoquera une dernière fois l'un des personnages les plus attachants de la littérature policière contemporaine, ainsi que la suite de son oeuvre, encore inédite en français.

Quais du polar fédère depuis plusieurs années un groupe de lecteurs, occasionnels ou assidus, qui se réunit chaque dernier mercredi du mois, autour d'un auteur ou d'un thème.

Accros au polar ou néophytes, tout le monde est invité à participer à une discussion ouverte autour d'un verre.

Le rendez-vous de rentrée sera consacré à l'écrivain écossais Ian Rankin.

Rencontre autour de l'œuvre de Ian Rankin

Mercredi 29 septembre à 19h

Bar Oblik

26, rue Hippolyte Flandrin

69 001 Lyon

Pour ceux qui souhaitent le découvrir, nous recommandons particulièrement la lecture de la série des aventures de l'Inspecteur Rebus, particulièrement L'Ombre du tueur, Le Jardin des pendus, et La Mort dans l'âme, tous trois disponibles en Folio policier.

Dans un second temps, chacun pourra faire part de ses lectures de l'été, de ses coups de coeur ou de ses coups de gueule.

Enfin, nous présenterons la rencontre du mois d'octobre, autour des livres de la collection « Ceci n'est pas un fait divers » de Grasset.

Autoportrait, par Ian Rankin :

« J'ai vécu en France entre 1990 et 1996, ce qui explique pourquoi tant de mes livres de l'inspecteur Rebus ont été écrits là-bas. Pendant longtemps, je n'étais pas très connu, mais aujourd'hui, ça marche pour moi. Cependant, Rebus a malheureusement pris sa retraite de la police, et j'ai donc un problème. J'aime les pubs, la musique rock et le "noir". »

Un film : Chinatown de Roman Polanski

Un livre : J'étais Dora Suarez de Robin Cook

Un auteur : James Ellroy

Edimbourg est un personnage à part entière des romans de Ian Rankin. Parcours dans la capitale écossaise en compagnie de l'auteur et d'un journaliste à Libération.

http://www.liberation.fr/culture/0101651924-edimbourg-double-descente

Remerciement à la librairie Passages et aux éditions du Masque.

Bibliographie :

Série John Rebus

L'Etrangleur d'Édimbourg, 1987, Le Livre de poche.

Le Fond de l'enfer, 1991, Le Livre de poche.

Rebus et le loup-garou de Londres, 1992, Le Livre de poche.

Piège pour un élu, 1992, Le Livre de poche.

Le Carnet noir, 1993, Gallimard Folio policier,

Causes mortelles, 1994, Gallimard Folio policier.

Ainsi saigne-t-il, 1996, Gallimard Folio policier.

L'Ombre du tueur, 1997, Gallimard Folio policier.

Le Jardin des pendus, 1998, Gallimard Folio policier.

La Mort dans l'âme, 1999, Gallimard Folio policier.

Livre_Rankin.jpgDu fond des ténèbres, 2000, Le Livre de poche.

La Colline des chagrins, 2001, Le Livre de poche.

Une dernière chance pour Rebus, 2002, Le Livre de poche.

Cicatrices, 2003, Le Livre de poche.

Fleshmarket Close, 2004, Le livre de poche.

L'appel des morts, 2006, Le Masque, 2009.

Exit Music, 2007, Le Masque, 2010.

 

20/09/2010

Merci pour le chocolat

18407437_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20050203_065330.jpgCe soir à partir de 20h40, Arte rend hommage à Chabrol. La soirée débute avec Les Fantômes du chapelier, film de 1982 à l'humour très noir, avec Charles Aznavour et Michel Serrault, d'après le roman de Georges Simenon (disponible au Livre de Poche), suivi de Merci pour le chocolat, et enfin du documentaire consacré au cinéaste par André S. Labarthe dans le cadre de la série Cinéastes de notre temps.

Merci pour le chocolat est, après La Rupture, la deuxième adaptation par Claude Chabrol d'un roman de Charlotte Armstrong (disponible chez Rivages). L'intrigue est toutefois délocalisée en Suisse, et le personnage incarné par Dutronc, peintre dans le roman, est ici pianiste. On ne peut toutefois s'empêcher de songer à Van Gogh, tant la solitude de l'artiste fait écho avec celle du héros du film de Maurice Pialat.

Le film débute par un mariage dans le milieu de la grande bourgeoisie industrielle. Tout semble confortable, apaisée, à l'image des bords du Léman, cadre idéal d'une mise en scène elle-même extrêmement fluide. Mais, rapidement, les fissures apparaissent, l'onctuosité et la sérénité laisse progressivement la place à l'inquiétude et à l'angoisse dans l'esprit du spectateur.

Le soupçon se généralise aussi entre des personnages qui souffrent tous d'un manque, d'une amputation ou d'un deuil. La souffrance est autant physique (accident, brûlure, entorse...), que mentale (insomnie, névrose, voire psychose). Le secret est omniprésent, chacun en est détenteur et victime.

Au centre de l'action, trône le personnage incarné par Isabelle Huppert, qui, aux sens propre et figuré, tisse patiemment sa toile. La symbolique de la tâche, de la souillure est elle aussi omniprésente.

Chabrol explore au delà des apparences, les failles et abîmes d'une bourgeoisie à laquelle on a si souvent associée son œuvre. Il sait aussi se faire plaisir : Il disserte à travers Dutronc sur l'art du piano, ou celui de la fourchette, s'amuse à travers le personnage du fils de la bêtise télévisuelle, ou encore rend hommage à ses maîtres en citant leurs films : Le Secret derrière la porte de Fritz Lang, et La Nuit du carrefour de Jean Renoir.

Le Cinéma Opéra (6, rue Joseph Serlin, Lyon 1er), rend aussi hommage à Claude Chabrol avec une programmation de huit films, dont le sous estimé Rien ne vas plus, Betty, polar psychologique adapté de Simenon avec Marie Trintignant et Stéphane Audran, ou encore La Cérémonie.

000607057.jpgToujours à Lyon, le Cinéma (impasse Saint-Polycarpe, Lyon 1er), présente un classique de film noir, Crime passionnel d'Otto Preminger, avec Dana Andrews, déjà actrice du mythique Laura.

Enfin, Claude Chabrol a préfacé Le Tonneau, de Freeman Wills Croft, un classique de la littérature policière réédité chez Rivages au printemps dernier. Un ancêtredu roman  à énigme à découvrir absolument...

17/09/2010

David Peace. Tokyo, ville occupée (Rivages)

9782743621254.jpgAprès une série en quatre romans consacrée à l'étrangleur du Yorkshire (1974, 1977, 1980, 1983) qui dressait un tableau asphyxiant de l'Angleterre des années 70-80, David Peace a débuté avec Tokyo année zéro (réédité en poche Rivages/Noir) une trilogie sur l'après guerre au Japon. C'est peu de dire que le cadre n'est guère plus riant. Le second volume de la série, Tokyo, ville occupée vient de paraître chez Rivages.
Tokyo, en 1948, est un champ de ruines dans lequel la population peine à se remettre des désastres du second conflit mondial, entre occupation étrangère, traumatisme de la défaite, et culpabilité face au atrocités commises par l'armée impériale.
Le point de départ du livre est un fait divers réel, particulièrement horrible : un homme, prétendument médecin, se présente dans une agence de la Banque Impériale, et persuade seize employés d'ingérer un vaccin. Douze personnes succombent.
Quelques années plus tard, un écrivain enquête sur cet empoisonnement collectif criminel, et, afin d'en percer le mystère et d'en faire un livre, il rencontre les témoins et survivants...
Une nouvelle fois, David Peace, qui a vécu quinze ans au Japon, part d'un fait réel, pour, à l'aide d'une documentation minutieuse, restituer l'atmosphère et la société d'une époque.
Son écriture froide offre une noirceur sans échappatoire, où l'humour revêt, au mieux, la forme de la dérision caustique.
La lecture de David Peace, comme celle de certains Ellroy, en particulier Un tueur sur la route, est de celles qui nous hantent durablement.

A lire, le tchat avec David Peace sur liberation.fr, où l'auteur évoque, entre autres, Ellroy, « le plus grand écrivain contemporain de langue anglaise », Jean-Patrick Manchette et l'adaptation de Nada par Claude Chabrol. Un extrait, notre préféré :
« - Avez-vous lu l'autobiographie de Tony Blair ? Si oui, qu'en pensez vous ?
   - Je ne l'ai pas lue car je ne lis pas de littérature fantastique écrite par des criminels de guerre »

Interview vidéo de David Peace sur  www.payot-rivages.net/livre_Tokyo-ville-occupee-David-Pea...

Tous les ouvrages de David Peace sont édités en France chez Rivages.

L'adaptation télévisuelle des trois premiers volets du quatuor est disponible en DVD sous le titre The Red Riding Trilogy chez Studio Canal Vidéo

 

 

 

16/09/2010

Les Liens du sang

Télévision. Ce soir à 20h35 France 3 programme Les Liens du sang de Jacques Maillot, film tourné à Lyon en 2007 (on reconnaîtra l'amphithéâtre des Trois Gaules, sur la colline de la Croix-Rousse), d'après le récit des frères Papet, Deux frères, flic et truand (Flammarion).Tiré de faits réels, bien que la fiction retrouve ses droits dans la dernière partie, ce film est une des grandes réussites du cinéma policier de ces dernières années. Guillaume Canet et François Cluzet, qui incarnent deux frères, un flic et un truand, dans le Lyon des années 70, sont extrordinaires. Les difficultés de la réinsertion, la fragilité des front59932_t6.jpgières de la légalité, la complexité des rapports fraternels, la prégnance des secrets de famille, sont autant de thèmes traités de manière convaincante, loin de tout manichéisme.

13/09/2010

Série noire

_MG_2049-Modifié.jpgDeux semaines après la disparition d'Alain Corneau, nous apprenons celle de Claude Chabrol, parrain de l'édition 2007 de Quais du polar...Tristesse...

Son œuvre, riche d'une soixantaine de films, dont de nombreux films noirs et policiers, restera l'une des plus attachantes de ces soixante dernières années.

Grand cinéaste, mais aussi cinéphile éclectique (voir la qualité de la programmation qu'il avait réalisé pour sa venue à Lyon : Gun Crazy de Joseph H. Lewis, L 627 de Bertrand Tavernier, The Yards de James Gray, ou encore Règlement de comptes de Fritz Lang, son cinéaste de référence.

Grand lecteur de romans noirs, il n'hésitait pas à faire part des ses goûts, non seulement à travers ses choix d'adaptations (Patricia Highsmith, Ruth Rendell, Ed McBain...), mais aussi en rendant des hommages directs à certains romans dans ses films (La Madone assassine de Pinketts ou French Tabloïds de Jean Hugues Oppel), ou encore en dézinguant férocement les auteurs qu'il ne goûtait guère (Patricia Cornwell, Harlan Coben).

Gastronome et « téléphage », il dissertait très volontiers, avec ironie et truculence, sur la jubilation que lui procurait les jeux télévisés, ou encore les mérites comparés de différentes cuisines régionales.

Habitué des plateaux télé, il portait un regard critique amusé sur le monde et les travers de l'Homme. Souvenons nous de sa réplique rieuse à la skieuse Marielle Goitschel, qui ne comprenait pas « que l'on prenne de l'argent aux riches pour le donner aux pauvres » : « Mais, Marielle, tout simplement parce qu'on ne peut pas faire le contraire... »

Dès ses débuts de réalisateur, il marque un goût prononcé pour le polar, avec notamment A double tour d'après Stanley Ellin, et Les Bonnes femmes, film phare de la Nouvelle Vague.

En 1965, il réalise un film d'espionnage sous estimé, Marie-Chantal contre Docteur Kha dont Joël Magny fait une lecture impressionnante dans son ouvrage consacré au cinéaste.

La fin des années soixante est une période d'euphorie créatrice au cours de laquelle il enchaîne les réussites, souvent avec sa femme Stéphane Audran : La Femme infidèle, La Rupture, Le Boucher, Juste avant la nuit, ou encore Que la bête meure. Ce film restera sans doute comme l'un de ses chefs d'œuvre, variation magistrale sur deux thèmes universels : la perte de l'enfant et la vengeance. Michel Duchaussoy, et surtout Jean Yanne, en parfait salaud, interprètent des dialogues exceptionnels écrits avec le fidèle Paul Gégauff. Souvenons nous de la tirade de Yanne, dont Chabrol dira que, bien qu'insupportable, elle ne livrait toutefois que des vérités.

En 1974, il adapte avec succès le roman de Jean-Patrick Manchette, Nada, dont la philosophie se résume ainsi : Répression policière et terrorisme gauchiste sont les deux mâchoires du même piège à con...

Il réussit par la suite une magnifique adaptation de Georges Simenon (son frère en création si l'on considère leur prolixité, leur modestie et leur ambition d'exploration de l'âme humaine), avec Les Fantômes du chapelier, dans lequel Charles Aznavour et Michel Serrault sont au sommet de leur art.

Dans les années quatre-vingt, ses deux films avec l'excellent Jean Poiret, Poulet au vinaigre et Inspecteur Lavardin, féroces et jubilatoires,sont deux réussites du genre.

 

La Cérémonie, selon lui son « film marxiste », marque son retour en grâce. Le public et la la critique plébiscite cette chronique criminelle interprétée par Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert.

Rien ne va plus, polar sous-estimé, est une sorte de bilan de sa carrière, et un éloge de son art, à travers celui d'un duo de petits escrocs, Serrault et Huppert, magnifique d'ambiguïté. Jean François Balmer représentait lui la grande délinquance financière, avec génie et outrance.

Pour le personnage de Rastignac de La Fleur du mal, une bonne satire du milieu politique, Chabrol confiera s'être inspiré de la personne de Jean-François Copé. Il s'amuse aussi en attribuant à un vieillard sénile de Merci pour le chocolat le patronyme d'un journaliste qui l'avait attaqué.

Dans son dernier film, Bellamy, Chabrol se dévoilait, peut être comme jamais, dans certains traits du personnage incarné par Gérard Depardieu.

Sous des apparences légères, la critique sociale est souvent féroce et jubilatoire, dirigée contre les bourgeois, définis par Chabrol comme « ceux qui veulent posséder ». Le spectateur tire aussi un plaisir supplémentaire de la perversité qu'il voit à l'écran, en imaginant hors champ les rires du cinéaste, heureux de ses farces (voir par exemple les personnages inspirés de Charles Pasqua et Roland Dumas dans L'Ivresse du pouvoir).

Une interview de lui, annoncée par le titre « entretien avec Jean Pierre Chabrol », avait beaucoup amusé l'homme qui se disait sans égo, et qui avait su rapidement se tenir à l'écart des querelles qui divisent le cinéma français.

Son œuvre, est certes inégale (il avouait volontiers la nullité de certains de ses opus comme Les Magiciens ou Folies bourgeoises), mais surtout originale et unique.

Il confiait avoir le sentiment d'avoir vécu, jusqu'aux années 80, la période la plus heureuse de l'Histoire de l'humanité, ce qui, ajouté à une œuvre cinématographique dense et riche, suffit à faire la réussite d'une vie.

 

Nous adressons une pensée particulière à ses enfants, et à Aurore, son épouse.

 

L'essentiel de son œuvre est disponible en DVD. Côté livres, nous recommandons particulièrement ses entretiens avec François Guérif, Un jardin bien à moi, ainsi que la monographie de Joël Magny intitulée Claude Chabrol.

06/09/2010

Une semaine de cinéma

dvd-les-desempares.jpg

Vous pouvez découvrir en salle le dernier film d'Alain Corneau, Crime d'amour, un polar féminin assez efficace sur la férocité du monde de l'entreprise, et The Killer inside me, de Michael Winterbottom, troisième adaptation d'un roman de Jim Thompson, après celles de Bertrand Tavernier (Coup de torchon) et Alain Corneau (Série Noire). Pour les retardataires, sont encore à l'affiche, Cellule 211, L'Heure du crime, ainsi que le troisième volet de la trilogie Millénium.

Dans Poetry du coréen Lee Chang-Dong, une intrigue policière sert de toile de fond et de prétexte à un sublime portrait de femme.

A l'Institut Lumière, dans le cadre de la rétrospective Max Ophuls, reprise des films Caught/Pris au piège (mercredi 8 et dimanche 12 septembre) et Les Désemparés (samedi 11 et dimanche 12 septembre), deux films noirs très personnels de la période américaine du cinéaste. Le second sort simultanément en DVD chez Carlotta Films.

Sur les chaines herziennes, France 2 programme le classique La Piscine (mardi 7 septembre à 22h25) de Jacques Deray : un thriller psychologique parfaitement réussi, avec quatre acteurs magnifiques : Maurice Ronet, Romy Schneider, Alain Delon et Jane Birkin. Arte propose Reservoir Dogs en v.o. (mercredi 8 septembre à 22h35), le film culte de Quentin Tarentino. Enfin, Patrick Brion a programmé Main basse sur la ville (France 3, dimanche 12 septembre à 0h35), un grand polar politique de Francesco Rosi.

Du lundi 6 au vendredi 12 septembre, France-Culture rediffuse une série d'entretiens de 2007 avec Alain Corneau (tous le jours, de 20h à 20h30), l'occasion d'entendre à nouveau la voix d'un grand cinéaste, cinéphile et mélomane, disparu cet été. Ces entretiens sont aussi écoutable en ligne sur le site de France-culture, émission « A voix nue ».

01/09/2010

Hommage à Alain Corneau

 

En mars 2007, nous accueillions Alain Corneau, venu présenter Série noire au cinéma Comoedia. Il avait notamment évoqué son adaptation du roman de Jim Thompson, sa collaboration avec Georges Perec, et participé à une table ronde sur le polar au cinéma en compagnie de Claude Chabrol et François Guérif.

L'équipe de Quais du polar avait pu apprécier la courtoisie, la simplicité et la disponibilité d'un grand réalisateur du cinéma policier français.

D'une cinématographie variée et riche d'une vingtaine de titres, nous retiendrons particulièrement deux polars en tout points remarquables : Police Python 357, « meilleur film policier français des années soixante-dix » selon François Guérif, dans lequel Alain Corneau dresse le portrait méticuleux et acerbe d'une ville de province, ainsi que Série noire, son chef-d'œuvre, hommage mais aussi dépassement du cinéma de genre.

Patrick Dewaere, dont l'interprétation est inoubliable, s'en souviendra comme du « plus beau film », avec Coup de tête, auquel il ai participé.

Signalons enfin, Le Cousin, polar sous estimé lors de sa sortie, mais dont la redécouverte reste une très bonne surprise.

Le meilleur hommage qu'on puisse lui rendre est de voir et revoir son œuvre, en grande partie disponible en DVD, et de découvrir en salle son dernier film, Crime d'amour, avec Kristin Scott Thomas et Ludivine Sagnier.

 

France Culture rend hommage à Alain Corneau, du 6 au 10 septembre, en rediffusant l'émission « A voix nue » (à 20h tous les jours).

http://www.franceculture.com/emission-a-voix-nue.html

 

 
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