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13/09/2010

Série noire

_MG_2049-Modifié.jpgDeux semaines après la disparition d'Alain Corneau, nous apprenons celle de Claude Chabrol, parrain de l'édition 2007 de Quais du polar...Tristesse...

Son œuvre, riche d'une soixantaine de films, dont de nombreux films noirs et policiers, restera l'une des plus attachantes de ces soixante dernières années.

Grand cinéaste, mais aussi cinéphile éclectique (voir la qualité de la programmation qu'il avait réalisé pour sa venue à Lyon : Gun Crazy de Joseph H. Lewis, L 627 de Bertrand Tavernier, The Yards de James Gray, ou encore Règlement de comptes de Fritz Lang, son cinéaste de référence.

Grand lecteur de romans noirs, il n'hésitait pas à faire part des ses goûts, non seulement à travers ses choix d'adaptations (Patricia Highsmith, Ruth Rendell, Ed McBain...), mais aussi en rendant des hommages directs à certains romans dans ses films (La Madone assassine de Pinketts ou French Tabloïds de Jean Hugues Oppel), ou encore en dézinguant férocement les auteurs qu'il ne goûtait guère (Patricia Cornwell, Harlan Coben).

Gastronome et « téléphage », il dissertait très volontiers, avec ironie et truculence, sur la jubilation que lui procurait les jeux télévisés, ou encore les mérites comparés de différentes cuisines régionales.

Habitué des plateaux télé, il portait un regard critique amusé sur le monde et les travers de l'Homme. Souvenons nous de sa réplique rieuse à la skieuse Marielle Goitschel, qui ne comprenait pas « que l'on prenne de l'argent aux riches pour le donner aux pauvres » : « Mais, Marielle, tout simplement parce qu'on ne peut pas faire le contraire... »

Dès ses débuts de réalisateur, il marque un goût prononcé pour le polar, avec notamment A double tour d'après Stanley Ellin, et Les Bonnes femmes, film phare de la Nouvelle Vague.

En 1965, il réalise un film d'espionnage sous estimé, Marie-Chantal contre Docteur Kha dont Joël Magny fait une lecture impressionnante dans son ouvrage consacré au cinéaste.

La fin des années soixante est une période d'euphorie créatrice au cours de laquelle il enchaîne les réussites, souvent avec sa femme Stéphane Audran : La Femme infidèle, La Rupture, Le Boucher, Juste avant la nuit, ou encore Que la bête meure. Ce film restera sans doute comme l'un de ses chefs d'œuvre, variation magistrale sur deux thèmes universels : la perte de l'enfant et la vengeance. Michel Duchaussoy, et surtout Jean Yanne, en parfait salaud, interprètent des dialogues exceptionnels écrits avec le fidèle Paul Gégauff. Souvenons nous de la tirade de Yanne, dont Chabrol dira que, bien qu'insupportable, elle ne livrait toutefois que des vérités.

En 1974, il adapte avec succès le roman de Jean-Patrick Manchette, Nada, dont la philosophie se résume ainsi : Répression policière et terrorisme gauchiste sont les deux mâchoires du même piège à con...

Il réussit par la suite une magnifique adaptation de Georges Simenon (son frère en création si l'on considère leur prolixité, leur modestie et leur ambition d'exploration de l'âme humaine), avec Les Fantômes du chapelier, dans lequel Charles Aznavour et Michel Serrault sont au sommet de leur art.

Dans les années quatre-vingt, ses deux films avec l'excellent Jean Poiret, Poulet au vinaigre et Inspecteur Lavardin, féroces et jubilatoires,sont deux réussites du genre.

 

La Cérémonie, selon lui son « film marxiste », marque son retour en grâce. Le public et la la critique plébiscite cette chronique criminelle interprétée par Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert.

Rien ne va plus, polar sous-estimé, est une sorte de bilan de sa carrière, et un éloge de son art, à travers celui d'un duo de petits escrocs, Serrault et Huppert, magnifique d'ambiguïté. Jean François Balmer représentait lui la grande délinquance financière, avec génie et outrance.

Pour le personnage de Rastignac de La Fleur du mal, une bonne satire du milieu politique, Chabrol confiera s'être inspiré de la personne de Jean-François Copé. Il s'amuse aussi en attribuant à un vieillard sénile de Merci pour le chocolat le patronyme d'un journaliste qui l'avait attaqué.

Dans son dernier film, Bellamy, Chabrol se dévoilait, peut être comme jamais, dans certains traits du personnage incarné par Gérard Depardieu.

Sous des apparences légères, la critique sociale est souvent féroce et jubilatoire, dirigée contre les bourgeois, définis par Chabrol comme « ceux qui veulent posséder ». Le spectateur tire aussi un plaisir supplémentaire de la perversité qu'il voit à l'écran, en imaginant hors champ les rires du cinéaste, heureux de ses farces (voir par exemple les personnages inspirés de Charles Pasqua et Roland Dumas dans L'Ivresse du pouvoir).

Une interview de lui, annoncée par le titre « entretien avec Jean Pierre Chabrol », avait beaucoup amusé l'homme qui se disait sans égo, et qui avait su rapidement se tenir à l'écart des querelles qui divisent le cinéma français.

Son œuvre, est certes inégale (il avouait volontiers la nullité de certains de ses opus comme Les Magiciens ou Folies bourgeoises), mais surtout originale et unique.

Il confiait avoir le sentiment d'avoir vécu, jusqu'aux années 80, la période la plus heureuse de l'Histoire de l'humanité, ce qui, ajouté à une œuvre cinématographique dense et riche, suffit à faire la réussite d'une vie.

 

Nous adressons une pensée particulière à ses enfants, et à Aurore, son épouse.

 

L'essentiel de son œuvre est disponible en DVD. Côté livres, nous recommandons particulièrement ses entretiens avec François Guérif, Un jardin bien à moi, ainsi que la monographie de Joël Magny intitulée Claude Chabrol.

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