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23/06/2009

Apollon Cardon

LE COIN D’APOLLON CARDON

 

Eh, les gones, je suis toujours là, plus indestructible  que Marlowe et nettement plus lyonnais !

Comme vous le savez, je vous fais part de mes coups de chaleur au gré de mes lectures et pas de l’actualité. D’abord, j’ai rien à dire sur le film tiré de « Millenium ». L’histoire est trop fraîche en moi. Blumquist, Lisbeth, c’est comme s’ils étaient sur mes genoux.

Pour entamer une petite cure de désintoxication du polar, je suis allé grignoter un empanada chez Carlos, désormais installé au 49 rue de la Charité, mais les afficionados peuvent le retrouver le week end sur le marché St Antoine.

Vous allez dire que je vous parle souvent de tortore, mais je suis lyonnais, les gones, et même un détective public qui lit des polars, ça panse (d’accord, ça pense) qu’a manger, et à boire.

Mais avant de vous faire part (de deuil) de ma dernière  lecture en noir, vous n’allez pas échapper à un petit commentaire sur « Eureka street » de Robert Mc Lian Wilson, paru chez 10/18, et recommandé par… Gilles et sa femme, une Anglaise de chez nous, Stéphanie Benson, auteur de polar que vous avez tous lue, non ? 

« Eureka street », c’est une plongée dans le Belfast des années plus noires que le plus noir des polars nocturnes, qui plonge l’inculte que j’étais dans la complexité de la guerre de religion de cette époque. Ce roman politique et social, beau, fort, tendre, un brin déjanté, est emmené par une bande de jeunes gars plus minables les uns que les autres, mais un Irlandais avec sa pinte de bière ne peut pas être minable, c’est le paradoxe de la littérature anglo-saxonne 

 Alors, voilà, back to the polar,  j’a trouvé chez un bouquiniste du quai de Saône un Mankell dont au sujet duquel on m’avait dit que c’en était un bon. Pas déçu l’Apollon, à la lecture dévorante de « La cinquième femme », mon troisième voyage imaginaire dans la Scanie pays du commissaire Kurt Walllander.

Toujours aussi lent à vérifier ses intuitions, aussi indécis sur sa vie sentimentale : Kurt dort peu, mange mal, ne baise pas (pardonnez ma vulgarité, mais la formule est brève et stigmatise la pauvreté de la vie sexuelle du commissaire). Cette fois, l’assassin se dérobe sous le jeu de mot du titre, pendant que Wallander perd son père et ses repères, car il a affaire à un fichu pervers. Le lecteur prend son temps avec l’auteur et ses créatures, et c’est très agréable. Curieuse coïncidence, les crimes auxquels s’attaquent nos policiers suédois semblent se rattacher à un point commun - des hommes violents et des femmes battues - avec « La femme en vert » de l’Islandais Indridason. Mais l’énigme est ici plus forte, plus proprement policière que celle résolue par le commissaire Svenson, dont l’affaire était plus intimiste que proprement policière.

La fin de « La cinquième femme » est pénible pour tout le monde. Kurt pleure toutes les larmes de son humanité, et c’est nettement plus près de nous que les types et les filles aseptisés des feuilletons télé, ou les thrillers convenus et glacés comme du papier d’emballage pour cadeau empoisonné.

J’ai parfois médit de la capacité du roman policier à se transcender, je fais amende honorable, mais pas amère. Parce que s’il y a un flic qui croit à la transcendance, c’est ce catho de Dave Robichaux, le héros de James Lee Burke, vous savez bien, bande de cinéphiles à la patte, l’auteur de « Dans la brume électrique… » de Tavernier !

Donc, dans « Prisonniers du ciel », un vieux Robichaux que je viens de dévorer, Quand il ne cogne pas comme un athée féroce, Dave s’interroge sur le bien et le mâle, mais aussi sur la félonie et la grandeur d’âme des femmes. Au final, une prostituée doit lui faire découvrir qu’en bon chrétien, il confond la compassion et l’amour. Vous avez bien lu, ça n’est pas extrait d’Alice Ferney (« Voltaire », pardon, ça m’a échappé !) ou de Christian Bobin, mais de Lee Burke, qui sait si bien vous plonger dans les marais de l’Atchafalaya et ceux du cœur,  qui vous réjouit avec une soirée dans un « fais dodo » et vous convie à la table des Cajuns, plus roborative que celle des Scaniens.

Un très beau roman, une grande finesse d’analyse sans nuire à l’intrigue d’un polar de race.

Je suis accoudé au  bar de « L’avant Scène »,  chez l’ami Yann, à côté du théâtre des Célestins, là où je visionne un maximum des exploits et autres de l’OL, et je trompe le polar en filant à « Mille miles de toutes terres habitées » un roman de SF de mon amie Ange, sur un titre extrait du « Petit Prince » d’Antoine de St Exupéry, né à deux pas d’ici.

Bon, encore un petit blanc pour la route, avant d’aller déjeuner au Bistrot du Boulevard à la Croix Rousse, chez Ferrier. C’est parfois mal fréquenté – des gens du livre qui ne lisent pas de polar – mais c’est sacrément bon (le crumble, mes amis, le crumble !) ça plairait à Robichaux, et même Wallander.

Comment ? Vous voulez encore un mot de polar ?! OK, alors, dans le « 18 » qui grimpe les pentes, j’arrête la SF et je vous cause vite  fait de « La chambre des morts » de Frank Thilliez un polar à la française paru chez Le Passage (l’éditeur parisien, car il paraît qu’il y a une librairie du même nom à Lugdunum). Ce thriller a lancé l’auteur, qui était invité au dernier festival Quais du polar. Un petit gars imaginatif. Il y a dans ce roman une sacrée belle trouvaille : comment et pourquoi une voiture peut-elle être lancée à 120 à l’heure dans une zone industrielle, la nuit, dans le silence, sans être vue et entendue par un bien voyant et bien entendant. A bon entendeur salut ! 

 

Votre fringuant Apollon.

 

PS J’allais oublier de vous dire que le dernier numéro de la revue « Lire » a consacré un gros dossier  au roman policier : pas si mal !

Commentaires

Faudrait qu'un jour je me lise un Mankell ou un Burke ...

Écrit par : Tietie007 | 26/06/2009

Moi aussi, j’aurais à dire sur l’adaptation cinématographique de « Millenium » ! Le personnage clef de la trilogie, c’est évidemment Lisbeth Salander, géniale brindille semi-autiste à la morale inflexible et à la rancune tenace, capable de dérouiller des Hell’s Angels suédois d’une main tout en résolvant de l’autre (et « d’une manière élégante », s’il vous plaît !) le Théorème de Fermat. Tout reposait donc sur le choix d’une actrice capable d’incarner ce personnage sombrement charismatique, ce diamant noir du Net, ce prédateur à la mémoire photographique et au high kicks assassins. Bingo avec Noomi Rapace (qui n’a pas usurpé son patronyme d’oiseau de proie) ! Elle porte le film tout entier sur ses frêles épaules tatouées. Du coup, on passe sur une intrigue parfois convenue, sur un Blomkvist un poil mollasson et empâté, dont l’œil traduit plus souvent que de raison un électroencéphalogramme plat. Et on piaffe d'impatience en attendant les deux autres volets de l'adaptation. Les cardons étant dépaillés depuis belle lurette en ce caniculaire mois d’août, c’est à la piscine que je vous donne rendez-vous, cher Apollon !

Asphyxia

Écrit par : Asphyxia | 18/08/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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